Compte-rendu de la réunion annuelle des Amis de Hergé du 7 Mars 2026 à Nivelles :
© Olivier Schwartz - 2026.
Ce samedi 7 Mars a eu lieu la traditionnelle réunion des membres de l’association des « Amis de Hergé » qui réunit ainsi un nombre conséquent de Tintinophiles. Cette édition fut marquée par la disparition de l’éminent « Hergéologue » Philippe Goddin, survenue en Septembre 2025. L’occasion fut donnée de lui rendre un hommage vibrant et émouvant, grâce notamment à la prise de parole de Jacques Langlois qui a su en parler en des termes respectueux, élogieux mais aussi avec pudeur, témoignant ainsi de la grande amitié qui liait les deux hommes et le respect du professionnel et de son travail colossal pour entretenir l’œuvre de Hergé. Il faut également saluer la fille de Phillipe Goddin, présente également sur scène, qui a su trouver les mots justes pour dire ô combien elle fut touchée par le soutien affiché par la totalité des membres des ADH. Stéphanie de son prénom a su se montrer digne, en ayant un discours empreint d’émotions et de grande fierté à l’égard de celui qui fut son père. Philippe Goddin était un homme qui a consacré une très large partie de sa vie à l’œuvre de Hergé, chaque Tintinophile d’ici et d’ailleurs lui doit quelque chose. Ses travaux sont des mines d’or et il est heureux que les archives, sur lesquelles il a pu travailler, seront léguées au centre Belge de la bande dessinée. La perpétuation de l’œuvre de Hergé est entre de bonnes mains et poursuit son cours. Nul doute que Philippe Goddin aurait apprécié que ses travaux demeurent et qu’ils puissent être étudiés par chercheurs et passionnés.
Durant l’Assemblée générale des « Amis de Hergé »,
présentée et animée par Jean Rime fraîchement élu président, fut mis à l’honneur
notamment l’ouvrage de Gilles Ratier au sujet de Bob de Moor. Ouvrage fascinant
par sa densité et par sa richesse avec un certain nombre d’illustrations, de
dessins ou encore de photos, rendant hommage à celui qui fut un véritable
compagnon de route de Hergé et qui a su l’accompagner pendant de longues
années. Un ouvrage complet qui mérite en effet que l’on s’y penche sérieusement
pour mieux connaître celui qui a collaboré avec Hergé, mais aussi qui a créé sa
propre œuvre. Il convient également de faire remarquer cette volonté affichée
de rendre l’assemblée générale plus ludique, plus interactive, plus légère, en
particulier lorsque sont évoqués des sujets relatifs aux questions de budgets.
C’est ce qu’a su faire avec brio le trésorier de l’association Jonathan
Fishbach qui a eu l’idée géniale de faire parler Tintin et le Capitaine Haddock
pour présenter les différents budgets que gère l’association. Cette séquence s’inscrit
dans ce mouvement qu’essaye d’opérer l’association en favorisant davantage des
formats plus ludiques et plus légers. Cela a été reçu avec une grande adhésion,
en témoignent les applaudissements chaleureux survenus à la suite de cette
séquence. Dans ce même ordre d’idées, il est aussi tout important d’accueillir
avec joie la présence d’enfants tout au long de cette journée. Si la
transmission de l’œuvre de Hergé aux plus jeunes générations reste un défi de
tous les instants, le plaisir d’observer de jeunes enfants lire un album parmi
d’autres est une image qui fait sens et qui apporte son lot d’émotions. Si Hergé demeure aujourd’hui l’objet d’une fascination plus ou moins importante pour les
adultes que nous sommes, il ne faut jamais oublier que son œuvre a beaucoup à
voir avec l’enfance et la jeunesse. Continuons à garder cela en tête.
Plus tôt dans la journée, la fameuse bourse Tintinophile a
réuni, comme à son accoutumée, un maximum de passionnés à la recherche d’articles
divers. Plusieurs auteurs étaient présents, plusieurs stands proposaient une
multitude d’objets, d’ouvrages, de bandes dessinées, de figurines…Chacun
pouvait y trouver son bonheur. Cette bourse constitue une petite orgie visuelle
intense mais qui peut vite pomper de l’énergie, tant l’excitation est à son
paroxysme. Pour garder la tête froide, rien de mieux que de s’arrêter quelques
instants pour s’accorder un petit breuvage. Certains sont d’ailleurs plus
avisés que d’autres. La déambulation dans le cadre de cette bourse n’est pas
toujours évidente mais oblige à nous arrêter pour échanger régulièrement
avec les uns ou les autres. Si la vocation d’une bourse est plutôt de vendre,
elle n’empêche nullement les rencontres et les échanges nombreux. De ce point
de vue-là, il est encore une fois heureux que ce temps permet de mettre des
visages sur des noms afin d’humaniser nos relations. Si l’expression
de « contact humain » est parfois galvaudée et brandie à toutes les
sauces, ici l’on peut difficilement faire sans tant il est nécessaire de s’arrêter
pour entrer en relation avec autrui.
En outre, il me paraît toujours très important de ne pas
oublier les membres du personnel qui nous accueillent avec dévouement et
professionnalisme. Ces membres sont pour certains d’entre eux de jeunes
étudiants qui travaillent afin de pouvoir continuer leurs études, ils consacrent
beaucoup du temps qui est le leur pour travailler, et plus particulièrement
pour travailler dans la perspective de servir autrui. Les métiers de services
que sont notamment les restaurateurs et autres serveurs sont des métiers peu
évidents, peu reconnus, peu valorisés et pourtant ô combien essentiels. Et à ce
titre, je souhaite saluer nommément notre ami Jérémy Geys-romoli, président de
l’association "TintinOsphère", qui se démène brillamment pour défendre les
langues régionales, et en particulier le Gascon, langue dans laquelle, lui et
son équipe, ont pu traduire les fameux bijoux de la Castafiore. Jérémy a été en
effet témoin d’une scène dans laquelle il vu et entendu quelques serveuses se
faire malmener par leur responsable, de façon inadaptée et injustifiée. Ainsi,
plutôt que de fermer les yeux, Jérémy a soutenu ces deux serveuses et n’a pas
hésité à faire remarquer à ce responsable qu’il y a des manières de se
comporter et qu’une certaine façon de s’exprimer était de rigueur. Cela me
paraît juste et légitime et correspond à ce qu’on peut appeler « L’esprit
Tintin ». En agissant de la sorte, Jérémy a voulu réagir face à une
situation qu’il a perçu comme injuste pour ces deux serveuses, un peu à la manière
de Tintin qui réagit face aux deux brutes qui s’en prennent à Zorino dans le
Temple du Soleil. Cette situation peut sembler anecdotique mais, en réalité,
elle témoigne d’une véritable empathie et me semble conforme aux valeurs que
véhiculent les albums de Tintin. En ce sens, je voulais saluer chaleureusement
Jérémy qui, encore une fois, a réagi avec justesse et empathie.
Enfin, et pour clôturer ce chapitre de la réunion annuelle
des ADH, je ne pouvais finir sans évoquer les différentes rencontres que cet
évènement permet. La venue des voix de Tintin et Haddock, Thierry Wermuth et
Christian Pélissier, participent de cette ambition de titiller l’oreille des
plus jeunes et des plus nostalgiques qui ont grandi avec le dessin animé Tintin
des années 90. Encore une fois, la présence de ces doubleurs apporte une voix
particulière pour ceux qui ne l’auraient pas trouvé (la voix). Aussi, Marie-Luce
qui immortalise chaque petit instant de vie nous permet de garder en mémoire à
travers photos et reportages un maximum de souvenirs visuels. Elle incarne
cette image claire et figée des Tintinophiles dans nombre de contextes. Mes collègues
Roanne, Baraa, Jonathan et Cédric savent à quel point je les tiens en haute estime,
il est inutile ici d’en dire davantage. Simplement les remercier pour leur
dévouement et leur réitérer mon amitié. D’autres personnes ont pu croiser mon
chemin, qu’il s’agisse de Vincent et sa défense d’un Khemed libre, de Cédric et
sa belle trouvaille de la VHS de Tintin au Tibet ou encore Geoffrey avec qui j’ai
pris plaisir à discuter durant la soirée. Je ne peux oublier Jonathan, mon
compagnon de route, avec qui les sujets de discussion sont nombreux et avec qui
une complicité d’idées s’est forgée. Toutes ces rencontres autour d’une passion
reflètent une ouverture à l’autre, aux différences et fortifient cette capacité
à faire société, à faire humanité.
En conclusion, l’association « les Amis de Hergé »
porte bien son nom car elle entretient des amitiés de longue date et elle en
suscite de nouvelles régulièrement. Hergé, pour qui l’amitié était une valeur
cardinale, aurait sans doute vécu avec une grande émotion la puissance que son œuvre
permet de réaliser encore aujourd’hui. Réunir des passionnés d’horizons divers
et pluriels qui débattent et échangent avec rigueur et légèreté plus de 40 ans
après sa mort, dit quelque chose de cette œuvre au rayonnement inépuisable. Et
si l’un des plus grands spécialistes de Hergé n’est plus, il ne tient qu’à nous
de continuer à valoriser cette œuvre avec les outils d’aujourd’hui dans un
monde qui a besoin, plus que jamais, de tolérance, d’ouverture à l’autre et d’amitié
entre les uns et les autres, d’où qu’ils viennent.
Un dernier merci à tous les organisateurs.
Amicalement,
Saïd Oner,

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